Maladie incurable et cheminement intérieur

février 2026

 

« Prions pour que les enfants atteints de maladies incurables ainsi que leurs familles reçoivent les soins médicaux et le soutien nécessaires, sans jamais perdre force et espérance. »

Cette intention peut concerner chacun de nous, par son réseau familial ou ses amitiés. Aussi, pour entrer dans le sens de cette intention, il est bon de mesurer ce que le choix des mots « maladie incurable » cherche à dire. Il y a deux mots : maladie, incurable. « Maladie » ouvre au soin, au traitement, à la personne affectée. Quant au mot « incurable », il veut dire que l’état de pleine santé ne sera jamais réatteint et que le soin devra être poursuivi. Mais rien n’est dit quant à la longueur de la vie… La maladie incurable apparait donc comme une situation où le développement propre de l’enfant ne pourra pas s’effectuer selon le cheminement normal.

Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à vivre, à inventer, loin de là. Il y a d’abord à cheminer intérieurement pour considérer autrement la situation et entreprendre le développement de l’enfant à partir de ce que la situation révèle concrètement. Deux mots surgissent pour camper l’attitude intérieure requise pour aller dans le sens de la Vie : « Acceptation » et « invention ».

La relation établie par Jésus avec la foule, au retour des apôtres en mission, là où il nourrit le cœur des personnes par sa parole puis leurs corps à partir des cinq pains et deux poissons offerts par le garçon, nous montre le chemin : partir de la situation, recevoir un début de la réponse, l’offrir au Père, lui donner alors de croître… Cela nous conduit à recevoir autrement la vie, tout à la fois, plus pleinement, plus pauvrement, plus consciemment. Cela peut avoir des conséquences sur la manière de recevoir les autres dimensions de nos propres vies.

Ainsi beaucoup attestent que l’acte phénoménal de résistance, posé par le Général de Gaulle en juin 40, trouverait son origine dans l’acceptation avec son épouse de la maladie de leur fille Anne, acceptation aidée par leur amour conjugal puis par la recherche de solution spécifique de développement, aidée cette fois-ci par la présence de mademoiselle Potel la gouvernante d’Anne. L’épreuve familiale endurée de la maladie incurable a aidé à traverser l’épreuve nationale de l’effondrement militaire et politique. J’ai moi-même appris aux obsèquesde mon oncle que son engagement politique, notamment comme maire de sa commune, prenait son origine fondamentale et secrète dans la traversée avec son épouse de la maladie et de la mort prématurée de leur premier enfant Bruno.

Sur ces chemins douloureux de la maladie incurable, l’aide que les proches peuvent apporter consiste à maintenir l’espérance chez celles et ceux qui souffrent en les ouvrant aux possibles, aussi modestes soient-ils, ainsi qu’à entretenir dans la durée leur force et leur énergie pour leur donner de pouvoir poursuivre l’aide concrète à leur enfant dans le temps.

Jean Luc Fabre sj., directeur du Réseau Mondial de Prière du Pape France

@Image : Canva

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