10 mois à la Maison Barnabé : un chemin de mort et de résurrection

avril 2026

 

Témoignage du père Jean

 » Après un burn-out et les décès volontaires de ma sœur ainée et de mon petit frère, je traverse trois années d’errance, de communautés en cliniques. Enfin, je peux décider de venir à la Maison Barnabé. Très vite, j’établis les axes de mon séjour : avoir une vie régulière, m’unifier et appendre à dire non, afin de rester fidèle à moi-même.

Je suis ici pour moi à Vauvert, à la bonne place, au bon moment. Cela passe par des changements à opérer : Abandonner l’exercice de mon ministère de prêtre, pour retrouver mon humanité. Être attentif à ce qui me fait du bien, sans me laisser guider par les évènements, les demandes des autres, ou le désir de reconnaissance. Ajuster ma place au milieu des autres. Utiliser mon téléphone afin qu’il devienne un outil plus qu’un maître.

Les services proposés en matinée nous y aident : faire de la vraie cuisine, travailler sur le chantier énorme des bâtiments, jardiner et défricher… En fait, le vrai chantier, c’est moi, et il y a du travail de restauration à opérer ! Les ateliers de l’après-midi, animés par des bénévoles, nous aident à développer notre créativité : marqueterie, reliure, chant, théâtre, art-thérapie et particulièrement pour moi la poterie. Je remplis ma caisse à outils pour le retour.

La maison est vraiment un lieu de bienveillance entre nous, accueillis, accueillants et bénévoles de passage. Tout est fait pour que nous soyons bien, que nous nous sentions chez nous, comme la taille de notre chambre, qui n’a rien à voir avec une cellule de maison de retraite. Je réapprends à faire attention à moi. On m’a tellement dit combien c’est beau, un prêtre qui se donne à plein sans se soucier de lui… J’ai à déboulonner cette image que l’on a faite de moi et que je me suis imaginée. Il s’agit d’être homme et prêtre, et non le contraire… Dans ma bipolarité, négligeant mon humanité, j’ai surinvesti mon ministère, à être bouffé par toutes mes missions et activités…

Accompagné par un des accueillants ou dans un moment plus communautaire, je peux faire le point, rendant grâce pour les progrès effectués et cernant des attitudes à rectifier. Ici, avec ma docilité, j’entends les remarques et j’en tiens compte, ce qui m’était difficile auparavant. Je reconnais davantage mes fragilités et les accepte. Elles pourront me permettre d’être à l’écoute d’autres personnes fragiles elles aussi. Je retrouve enfin les larmes, une vraie bénédiction. Je perçois combien le Seigneur a toujours été là, m’attendant et me tendant la main quand j’étais au plus profond des enfers… La venue de mon évêque, un mois avant la fin du séjour, me permet de faire le bilan des mois passés ici et d’entrevoir un ministère plus en accord avec mes attentes.

J’ai vécu ici un double cheminement qui peut paraître paradoxal : un décentrement vis-à-vis de mon égo, renoncer à moi-même et à mon besoin de reconnaissance, et en même temps un recentrement sur mon moi profond, savoir qui je suis vraiment, parler en ‘Je’ ! Une expérience de résurrection…

Le travail ne sera jamais fini, la bipolarité ne cessera de guetter tous mes faux pas ! À mon retour, au lieu d’être le nez dans le guidon, je vais continuer telle ou telle activité pratiquée ici, en fonction de mes affinités. À moi de prendre la route, aidés de mon psychiatre tout comme de mon père spirituel, sûr que le Christ et que mes frères ne me lâcheront jamais …  »

Père Jean

Pour en savoir plus sur la maison Barnabé et soutenir ses actions, cliquez ici !

Pour en savoir plus sur le réseau Melchisedek, cliquez ici ! 

Partager cet article sur vos réseaux