La crise : un passage inéluctable pour exercer sa liberté dans une confiance plus profonde
avril 2026
« Prions pour les prêtres qui traversent des moments de crise dans leur vocation,
afin qu’ils trouvent l’accompagnement nécessaire
et que les communautés les soutiennent avec compréhension et prière. ». »
« Avec vous je suis chrétien, pour vous je suis prêtre »
La vie est un devenir, sans cesse en évolution. Tout bouge. En marchant, le paysage évolue, la manière de le voir aussi… Et l’évolution n’est jamais homogène, prévisible. La vie du Christ l’atteste avec la grande évolution entre sa vie secrète et sa vie publique. Mais même dans la vie publique, il y a le temps en Galilée, la montée à Jérusalem, le temps passé dans la ville sainte, la Passion et le temps des apparitions jusqu’à l’Ascension du Seigneur.
À chaque fois une nouvelle période s’ouvre, demandant de se réinventer en trouvant pour la nouvelle situation une réponse, en cohérence avec le leitmotiv qui a mis en mouvement : « Tu es mon enfant bien aimé ». Parler de vocation signifie donc une orientation de vie, avec une mise en marche et des situations qui, ensuite, ne cessent d’évoluer et donnent l’occasion d’approfondir la vocation. La vie ne peut être une ligne droite, elle est de l’ordre de la symphonie où les parties se répondent…
De ce fait, aucune vie ne peut être sans crise, sans moment où tout s’effondre pour permettre d’être envisagé autrement… Alors pourquoi ne pas repartir de l’étymologie du mot de « crise ». Son sens : jugement, décision… La crise est ce moment d’évolution où nous passons d’une manière ancienne à une manière nouvelle d’envisager et de faire. Cela demande d’accepter la perte de ce qui était pour retrouver la relation plus fondamentale qui avait porté une manière de répondre, devenue obsolète. La crise demande de recevoir la situation par ce qu’on en éprouve et, de là, d’envisager un nouvel investissement de sa liberté, en cohérence avec notre visée fondamentale.
L’aide est terriblement nécessaire dans cette évolution où il s’agit de se déprendre de l’habituel, de renouer avec le profond de soi, de se ré-ouvrir à la promesse initiale. L’aide peut et doit donc être large pour donner à toutes les dimensions de la personne de pouvoir s’investir dans cette quête. Il s’agit de donner à la personne de se retrouver, de se reposer, d’éprouver et d’exprimer, pour ensuite se reprendre. Cela veut donc dire que cette traversée n’est pas possible seul.
Nous avons tous besoin d’une aide, de soutiens qui peuvent être bien divers. Et ce quel que soit son statut social ou personnel. L’antique expression de Saint Augustin « Avec vous je suis chrétien, pour vous je suis prêtre » encourage chacun au-delà de son statut ecclésial à s’ouvrir à une multitude d’aides potentielles : spirituelle, psychologique, médicale, amicale, éducative et physique… La traversée de la crise demande de vivre ce moment pleinement ouvert et de trouver à remobiliser son être d’une nouvelle manière, à l’écoute de la Promesse, de soi-même et de la situation passée…
C’est ainsi que, peu à peu, il nous est donné d’entrer dans une confiance plus profonde, de consentir à exister davantage à partir de la relation avec le Seigneur, et de découvrir comment notre vie sacerdotale et chrétienne épouse ce que le Seigneur lui-même a vécu dans sa propre vie comme évolution.
Jean-Luc Fabre, sj., directeur national du Réseau Mondial de Prière du Pape France.

