Notre rapport à la nourriture, un enjeu de conversion personnelle

mai 2026

« Prions pour que chacun, des grands producteurs aux petits consommateurs,
s’engage à éviter le gaspillage alimentaire et pour que tous aient accès à une alimentation de qualité.  »

 


Une intention qui interpelle notre situation présente

Nos aliments proviennent certes, souvent de chez nous, mais aussi des quatre coins de la planète (plus de 20% viennent de l’étranger), impliquant des circuits longs, portés par de gros intermédiaires. De la même manière, 30 % de la nourriture est consommée en dehors de la maison. Tout cela induit une mise à distance des denrées ainsi que leur gaspillage (20% de la nourriture est jetée).

Pour réduire ce gaspillage, des normes peuvent aider. Mais d’autres voies doivent être explorées, notamment celles qui consistent à renouer avec une alimentation plus proche de nos terroirs… En plus de contribuer à une réduction du gaspillage, elles réouvrent au sens profond de se nourrir : respecter le don de la nature en ne gâchant rien de l’aliment, se respecter soi-même dans sa manière de s’alimenter, respecter son frère en partageant avec lui…

Un exemple vécu, il y a bien des décennies. En Aveyron, vers la fin des années 60, comme dans beaucoup d’autres campagnes, un jour important en hiver était celui où la famille tuait son cochon. Cette très longue journée commençait avec la venue du saigneur pour tuer le cochon. Ensuite une activité frénétique saisissait les membres de la famille, aidés des voisins venus donner un coup de main. Rien de l’animal n’était gâché ou perdu. Il fallait ainsi préparer saucisses, saucissons, boudins, pâtés, terrines, des jambons qui étaient à saler, jambonneaux, poitrine fumée, et autres sacs d’os, sans parler des morceaux les plus nobles que l’on consommait directement … comme la sanquette consommée le jour même.

Mentionnons tout spécialement dans ces préparations, la « saucisse des cousins ». Pourquoi ce nom ? Il était d’usage de remercier parents et amis venus aider en leur donnant quelques morceaux souvent de seconde importance. La saucisse des cousins faisait typiquement partie de ces morceaux. Il s’agissait d’une saucisse préparée avec viande et gras de porc et d’autres morceaux moins nobles. La saucisse des cousins se mélangeait tout de suite, cuite avec un plat de lentilles ou dans la soupe. « Tout est bon dans le cochon », comme le dit le dicton !

À travers cette préparation familiale, tout de l’animal était utilisé et allait à la consommation humaine, sans gaspillage. Manger tel ou tel morceau, c’était à chaque fois une reconnaissance véritable de l’animal, c’était célébrer les liens familiaux mais aussi pouvoir bénéficier d’une alimentation enrichie en protéines animales.

À nous de savoir, aujourd’hui, dans notre contexte culturel actuel, respecter la nourriture en :

  • la consommant de manière équilibrée
  • en renforçant les relations entre nous par la préparation en commun du repas et le partage
  • et en veillant aussi à ne pas avoir une alimentation hyper-transformée, nuisible à notre santé et à l’environnement.

Jean-Luc Fabre, sj., directeur national du Réseau Mondial de Prière du Pape France.

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