Quand jouer au foot permet de rencontrer l’autre et de s’émerveiller de ses talents
juin 2026

« Prions pour que le sport soit un instrument de paix, de rencontre et de dialogue entre les cultures et les nations,
et que par lui soient promues des valeurs telles que le respect, la solidarité et le dépassement personnel. «
Sur le terrain de la communauté jésuite de Lyon se trouve un gymnase où s’entraînent les élèves du lycée voisin. Chaque vendredi après-midi, cet espace est mis à la disposition du Service jésuite des réfugiés (JRS) qui met en relation, à travers le programme Welcome, des demandeurs d’asile et des familles d’accueil. Entre quinze et vingt migrant(e)s, élèves du lycée et bénévoles se retrouvent ainsi pour jouer au foot et tisser des liens d’amitiés.
Pour moi, rencontrer une personne étrangère n’est pas évident : la barrière de la langue, le décalage culturel, l’absence de centres d’intérêt commun peuvent rendre difficile la communication. Même dans ma communauté, où nous accueillons en permanence un ou deux demandeurs d’asile, parler avec eux n’est pas toujours simple.
Le football hebdomadaire m’a permis de surmonter cet obstacle. D’abord, c’est un lieu d’accès facile : il suffit d’être inscrit sur le groupe Whatsapp de l’association et de se rendre au gymnase à l’heure prévue. Aussitôt, les équipes se forment et l’on se met à jouer. Peu importe que l’on parle français, que l’on ait un titre de séjour, que l’on vienne seul ou avec des amis : chacun trouve sa place sur le terrain et y est accueilli.
Ensuite, jouer ensemble suscite mille petits gestes de solidarité et d’empathie : être patient avec un joueur plus faible, remplacer un camarade fatigué, s’excuser après un contact rugueux… et prendre soin des quelques femmes qui osent s’aventurer sur le terrain ! Des personnes d’horizons divers – et de pays parfois en conflit les uns avec les autres – sont ainsi conduits à poser des actes de charité concrets, révélant le meilleur de leur nature humaine et leur souci commun du respect et du souci d’autrui.
En outre, au fil des semaines, des liens naissent entre nous : une forme de complicité et d’amitié se développe, et celle-ci à son tour rejaillit sur la qualité des relations que nous vivons. Les amis rencontrés au foot du vendredi, nous les retrouvons aux permanences du mercredi, ou bien lors d’une visite culturelle ou de la projection d’un match de Champions League. Même avec ceux que nous accueillons dans notre communauté pour un séjour d’un mois ou deux, le fait d’avoir joué au foot ensemble ouvre de nouveaux espaces de dialogue et construit une expérience partagée.
À titre personnel, et pour finir, il me semble qu’un fruit particulier de ces moments heureux de sport collectif réside dans l’estime que nous pouvons avoir les uns pour les autres. En jouant au foot, je suis amené à admirer les qualités de mes coéquipiers ou adversaires : je découvre d’autres facettes de leur personnalité et je suis surpris en les voyant déployer des talents (créativité, intelligence tactique, endurance, altruisme…) que j’ignorais. Je me bien sûr réjouis de voir se côtoyer ces joueurs d’âge et d’origine diverse, le foot jouant ici un rôle fédérateur ; mais cette forme de connaissance d’autrui est aussi pour moi une source de joie : elle me permet de porter dans ma prière les visages de tous ces nouveaux amis, et elle ouvre en moi un désir d’action de grâce.
Pierre, jésuite à la communauté de Lyon
