Accueillir, apprivoiser et ouvrir à la vie vivante

octobre 2026

Témoignage d’Inès, accompagnante de personnes atteintes de maladies psychiques

Je suis Inès, Fille de la Charité de Saint Vincent de Paul. Ayant fréquenté et fréquentant des personnes atteintes de maladie psychique dans ma famille (eh oui, cela n’arrive pas qu’aux autres), en tant qu’infirmière puis aumônier, que dirais-je ?

Voir arriver Francisco ou Laura à une première consultation, amenés par des amis, des proches qui les ont vu sombrer, être témoin, en tant qu’aumônier d’une première hospitalisation, c’est toujours être touchée à l’idée du bouleversement qui vient chambouler la vie de la personne et de ses proches. Un long parcours commence. Un parcours de combattants.

Études interrompues, capacités intellectuelles perturbées, relations rompues par la personne malade ou par ceux qui ne comprennent pas et ne savent pas comment la rejoindre. Qui peut comprendre ? Au-delà des approches professionnelles, qui peut comprendre ?

Elle s’appelle Ana, elle a un parcours scolaire normal, une famille aimante … et crac, son monde s’effondre … elle entend des voix, tout devient danger autour d’elle, elle a peur de tous et elle ne prend plus soin d’elle. Même ses proches sont devenus des ennemis.

Philippe a eu une révélation divine qui envahit sa vie et celle des autres, il est le nouveau Messie et tous doivent se soumettre à lui s’ils veulent être sauvés. Elke est envahie par des obsessions qui l’empêchent de vivre … elle fait son lit 100 fois par jour et plus.

Côté famille, cela prend du temps, beaucoup de temps pour accepter le nouveau style de vie de son proche atteint par des troubles psychiques. C’est bien de cela qu’il s’agit…. Un autre style de vie, qu’ensemble il va falloir accueillir, apprivoiser et ouvrir à la vie vivante. Cela prend du temps de voyager entre juste présence et juste distance et… trouve-t-on jamais ? Merci à tous les lieux et toutes les personnes avec qui il est possible d’en parler, d’apprendre, d’avancer, de reculer et de revenir. (Voir Liste)

 

Et la vie de foi là-dedans ?

Rien ne peut séparer l’humain de l’amour du Christ et Il trouve son chemin en chacun. Il est proche de ceux qui souffrent mais il fait aussi de ceux qui souffrent nos proches, nos maîtres. Oui…

J’ai rencontré et je rencontre encore des maîtres parmi ces personnes atteintes de maladie psychique au long cours. Au-delà des idées de grandeurs délirantes il y a l’humilité de tous ceux qui travaillent et retravaillent leur vie, qui ont appris à vivre avec leurs limites, à se lever chaque matin alors que leur corps et leur esprit dit non… qui peut mesurer leur courage ?

Il y a cette belle solidarité des pairs en GEM (groupe d’entraide mutuelle)¹ et ailleurs où l’on détricote les clichés …  « Ces malades psy sont des personnes sans empathie ! » disent certaines descriptions, certains commentaires savants.  Et pourtant … sans nier les difficultés relationnelles, osez mettre les peurs et la prudence à leurs juste place et venez ! et vous verrez des personnes capables de soutenir l’autre avec patience et sans jugement, capables de se taire … d’être humain dans le plus beau sens du terme.

Il y a celles et ceux que nous croisons souvent dans nos églises, ils passent d’une célébration à l’autre, toute la journée … ils sont là, c’est entre eux et Lui. Un seul connaît le prix de leur prière. Il y a ceux qui nous offrent des perles, moments de grâce, de regard éclairé sur la vie, la beauté, Dieu. Il y a ceux qui vont de chute en chute, ceux qui nous échappent, nous épuisent. Il y a celles et ceux qui nous appellent à être tout simplement, présents, sans jugement, lieux où ils peuvent se dire, pleurer et aussi rêver, espérer, bref : être en vérité.

Inès, Fille de la Charité de St Vincent de Paul

¹ le GEM les Amis du Pas

 

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