Bien user de la richesse : de la tentation de l’égoïsme au sacrement du vivant

novembre 2026

 

« Prions pour un bon usage de la richesse afin que, ne cédant pas à la tentation de l’égoïsme,
elle soit toujours au service du bien commun et de la solidarité avec les plus démunis. »


Cette intention appelle chacun à une véritable conversion de son regard sur l’argent, pour que ce dernier ne soit plus un outil de puissance individuelle mais évolue en une énergie spirituelle au service du vivant. Pour y parvenir, un chemin en trois étapes se propose à nous.

1.Briser l’égoïsme en redéfinissant « la véritable richesse »

La première tentation de l’égoïsme, c’est de croire que la richesse se résume à l’argent accumulé. Cette vision engendre une « misère dorée  ». L’illusion de sécurité apportée par l’argent possédé bascule vers l’aliénation (je me restreins à cela), l’arrogance (je suis ce que j’ai) et la divagation du manque (angoisse de manquer). Le bon usage de l’argent commence lorsque nous comprenons que la véritable richesse de l’homme se trouve ailleurs, notamment à travers ces cinq piliers invisibles : avoir du temps disponible, un savoir qui nous donne de nous repérer, être en bonne santé, être situé dans des relations fiables et un environnement sain. C’est l’appel de la conscience à la croissance véritable de la vie en soi ,qui doit diriger son portefeuille, et ainsi  la réussite financière ne détruira pas la véritable vocation de la personne.

 

2.Fixer des seuils de vie et déployer la solidarité

Pour ne pas être piégé dans une inflation perpétuelle de son style de vie, il faut savoir se fixer des seuils au-delà desquels l’argent doit être orienté autrement. Une fois la sécurité raisonnable des siens assurée, l’argent doit servir à disposer de « temps vivant » et de disponibilité pour les autres. Ce capital de vie constitué peut alors s’investir dans le tissu social selon trois échelons complémentaires :

  • La Personne

Vivre « l’intendance spirituelle » en se recevant comme gestionnaire temporaire et non propriétaire absolu de ses biens.

  • La Famille

Refuser l’esprit de caste pour éduquer les enfants au partage concret et à la sobriété heureuse.

  • La Société

Organiser, par les lois et l’impôt, une justice distributive qui garantit aux plus fragiles l’accès à l’école, la santé et la nature.

 

3. S’ouvrir au sens ultime : le passage de la Bios[1] à la Zoé

Le but fondamental de nos existences est de passer de la vie comme Bios (la vie fermée sur elle-même avec la recherche du statut social, de la représentation et du paraître) à la vie comme Zoé (la vie absolue, sacrée, divine et partagée). En soumettant l’argent aux exigences de la Zoé, la richesse se métamorphose. Elle devient « vie de tous » lorsqu’elle finance et préserve les biens communs (l’eau, l’air, la dignité), « vie entre tous » lorsqu’elle se transforme en hospitalité et en espaces de communion pour recoudre le tissu social, « vie de Dieu » lorsque, par le dépouillement joyeux, elle s’efface pour laisser rayonner l’amour gratuit et la beauté essentielle.

Ainsi spiritualisé, l’argent cesse d’être un instrument d’oppression. Il devient un sacrement du vivant : signe visible d’une fraternité qui guérit le monde.

Jean Luc Fabre s.j, Directeur National du Réseau Mondial de Prière du Pape France.


[1] La vie en grec a trois mots, la bios comme vie organique, la psuché comme dynamisme individuant de la vie, la zoé comme la vie de tous les êtres, la vie de Dieu, la vie entre les êtres

 

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