Fiorettis d’aînés sur le temps qui reste à vivre
juillet 2026

Bien sûr, dans ce temps qui reste à vivre, la mort est une question majeure. Parfois redoutée, parfois souhaitée dans les moments difficiles.
Madeleine
Madeleine, 93 ans, voit en quelques mois, sa santé se détériorer et s’installer un niveau de dépendance de plus en plus important. Elle fait plusieurs allers-retours à l’hôpital avec cinq passages au bloc opératoire.
– « C’est trop, la coupe est pleine. Je n’en peux plus, ça suffit, laissez-moi mourir »,
– J’ai demandé l’euthanasie à l’équipe, ils m’ont répondu que ce n’était pas légal. Je ne veux plus en parler, je veux tourner cette page de ma vie ».
Lorsqu’elle elle doit prendre la décision d’un retour au bloc , elle me confie : « J’y vais non pas pour espérer aller mieux, mais pour espérer ne pas me réveiller ». En même temps, elle fait preuve de remobilisations inattendues :
– J’étais prête à jeter tous ces médicaments. Mais comme je veux revenir à Ma Maison pour Noël, alors je les ai pris.
– De toute façon, puisque la vie est là et que je n’ai pas le choix, autant faire au mieux pour regagner un peu d’autonomie, me partagera-t-elle.
– Je retrouve le goût de la lecture et de l’écriture ».
Cette ambivalence d’émotions peut être vue comme un mécanisme de défense et de protection. Elle permet d’avancer vers le chemin de la mort, tout en conservant une part d’espoir, aussi infime ou irrationnelle soit-elle. Comment savoir où se trouve la part du désir de vie le plus inconscient en chacun de nous ?
Même en fin de vie, la vie est encore la vie. Une vie soutenue par la présence fraternelle, par l’écoute amicale, par une main serrée jusqu’au bout !
Louise
Louise n’avait pas de famille. C’est une voisine qui l’avait accompagnée jusqu’à Ma Maison. Elle était très angoissée de venir en EHPAD. M’en étant rendu compte rapidement, je lui ai demandé ce qui était la source de son angoisse : « J’ai peur de mourir. J’ai peur de la mort. »
J’ai tenté de la rassurer, mais mes pauvres mots semblaient bien inefficaces. L’angoisse demeurait. Quelques semaines après, nous avons accompagné sa voisine de chambre, en fin de vie, comme nous en avons l’habitude, et elle est partie paisiblement vers le Seigneur. Deux jours après son décès, alors que je faisais son lit, Louise m’annonce pleine de joie : « Ma petite sœur, je n’ai plus peur de mourir ! »
– Ah, Oui ?
– Oui, je sais maintenant qu’une petite sœur me tiendra la main et que le Bon Dieu me prendra l’autre.
Henriette
Un matin, Henriette me dit : « ma petite sœur je vais mourir. » Je la prends au sérieux et lui demande :
– Qu’est-ce qui vous fait dire cela ? »
Elle me répond :
– C’est le moment. »
Je lui dis alors : « Si c’est le moment, vous devriez prendre le téléphone et parler à votre fils »
C’est ce qu’elle fit. Elle lui redit la même chose. Interloqué et inquiet, il répond : « Maman, j’arrive. »
Le repas de midi se passe, elle ne mange rien. L’après-midi, la soignante de l’étage m’appelle : « Ma petite sœur, je ne peux rien faire, Henriette sonne tout le temps ! » Je monte la voir.
« Je suis prête à mourir, mais j’ai quand même un peu peur ! » me dit-elle.
Une petite sœur est alors venue auprès d’elle. Elles parlèrent, prièrent et deux heures plus tard Henriette avait rendu son âme à Dieu… Son fils arriva juste après !
Et puis pour les croyants pourquoi parler de fin de vie alors qu’en mourant, ils vont entrer dans la vie divine ?
Sr Léonie, P. Charles, etc…
Sr Léonie, 83 ans, est témoin de bonheur. « Quand j’étais jeune, je n’étais pas malheureuse mais je ne savais pas où j’allais. Plus tard, adulte, je n’étais pas malheureuse mais je ne savais pas où j’allais. Mais maintenant que je suis ici, je suis vraiment heureuse… car je sais où je vais ! »
Mourir, c’est vivre pleinement un accomplissement comme en témoigne la prière des résidents même pour ceux qui souffrent d’importants troubles cognitifs.
Une sœur carmélite répétait comme un refrain « Dans ta bonté, alléluia ! Dans ta miséricorde, alléluia ! » Au fur et à mesure, les paroles ont été de moins en moins distinctes. À la toute fin de sa vie, on les reconnaissait aux « a » bien appuyés qui terminaient l’expression. Peu après son décès, je m’émerveillais auprès d’une de ses sœurs, d’avoir pu approcher ainsi sa prière jusqu’au bout. Elle m’a répondu : « Elle n’avait jamais dit cela au monastère, ni à la clinique où elle était hospitalisée, c’est le jour où elle est arrivée à Ma Maison qu’elle a commencé à fredonner ce refrain. »
Une dame s’exprimait ainsi tout au long de la messe : « Dieu d’amour, Dieu de miséricorde, Dieu de tendresse et de pitié ! » ou « Aimer c’est tout donner et se donner soi-même »
Un prêtre âgé, Charles, en fauteuil roulant venait parfois seul à la tribune de la chapelle, tout près de sa chambre. Il priait à mi-voix : « Jésus, Jésus, Jésus…. Je t’aime… »
Témoignages recueillis par les Petites Sœurs des Pauvres.
