Histoire d’une intégration

juin 2024

Momin, palestinien de Gaza, est arrivé en France il y a cinq ans, à la recherche d’un avenir. Soutiens et volonté personnelle lui ont permis de s’intégrer à grands pas dans ce pays qui est désormais le sien.

 

Momin, qu’est-ce qui vous a poussé à quitter votre famille, vos amis d’enfance, votre langue, pour venir en France ?

Je suis arrivé il y a cinq ans en France ; j’avais 28 ans et avais vécu la guerre dans mon pays la Palestine. Six années de guerre, et j’avais le désir de vivre, d’enfin vivre, ne plus mettre ma vie entre parenthèses à cause de la violence, pouvoir faire des projets, étudier, travailler, découvrir, apprendre, vivre dans la paix.

 

Qu’est-ce qui vous a permis de vous intégrer en France ?

Autant je parlais assez bien anglais, autant je ne connaissais pas un mot de français. Mais c’est bien la France que j’ai choisie. J’en avais l’image d’un pays qui accueille et respecte les libertés. J’avais une grande soif de découvrir ce pays et surtout de m’y installer, d’en connaître les codes, la culture.

Apprendre la langue française prend du temps ; c’est pourquoi je me suis servi de l’anglais dans les premiers temps afin de communiquer avec d’autres et sans utiliser l’arabe, pour ne pas m’enfermer dans une communauté arabisante. J’avais soif de pouvoir me faire des amis français, et pour cela il me fallait maîtriser la langue française et comprendre la culture française. L’apprentissage rapide de la langue française était pour moi une étape essentielle pour m’intégrer à mon pays d’adoption. J’ai pu suivre des cours de français à la faculté et être très soutenu par mes professeurs.
J’avais aussi soif de découvrir et comprendre la culture française. Ces premiers temps furent le temps des premières fois : premières saveurs françaises dans les repas, première randonnée en montagne, premier verre de vin, premier match de rugby, première autoroute, etc.

 

Quels ont été vos soutiens ?

Deux associations de soutien aux demandeurs d’asile m’ont aidé et permis cette intégration rapide : JRS Welcomeet J’accueille. J’ai été accueilli dans des familles françaises pendant plusieurs mois, plusieurs familles donc, et cela m’a permis de découvrir la culture française dans la diversité de ces familles, la façon de vivre à la maison.

Ayant été accueilli sur Toulouse, la culture française et locale passait bien sûr par la découverte du rugby, qui aura été un pilier de mon intégration. J’ai été en lien avec l’association Sportis, une association qui, en France, soutient les exilés par la pratique du sport. Le sport n’est pas qu’un but en soi, c’est aussi l’occasion de nombreuses et riches rencontres. Dans l’univers du rugby, cela m’a permis de faire des rencontres avec des joueurs ou anciens joueurs qui avaient de nombreuses relations professionnelles.

 

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ces cinq années ?

Aujourd’hui, je parle français, j’ai un travail d’accueil international à l’aéroport de Blagnac, je loue un appartement ; j’ai des amis, essentiellement français ; j’ai créé l’association Rugby Diversité pour permettre à des personnes réfugiées ou arrivant sur le territoire français de s’insérer dans la société. Et j’attends une réponse à ma demande de naturalisation.
Quand je regarde aujourd’hui dans le rétroviseur, je vois le chemin que j’ai parcouru en France et les soutiens de toutes sortes que j’ai eus.

A Gaza, j’ai perdu six années de ma vie, six années de ma jeunesse où ma vie a été entre parenthèses, sans pouvoir avancer, et dans la peur sans cesse des bombardements. Six années gâchées. J’ai aujourd’hui 33 ans, mais c’est comme si j’en avais six de moins, et je veux vivre ce que je n’ai pas pu vivre là-bas.

Avec la force de ma volonté et tous les soutiens sur mon chemin, j’ai pu ici avancer, alors que là-bas je n’avais pas d’avenir. Mon nouveau pays m’en a offert la possibilité, avec l’allocation aux demandeurs d’asile et l’aide médicale d’État, et toutes les associations qui viennent en soutien.

C’est ici désormais ma maison ; tandis que ma maison de Gaza a été détruite par les bombardements il y a quelques semaines.
Je ne veux pas regarder en arrière, même si ma famille me manque. Ici je construis ma vie, ici je vis.

 

J’ai « débarqué » en France à l’aéroport Charles de Gaulle ; j’étais un exilé. Je travaille aujourd’hui, ironie du sort, à l’aéroport de Blagnac dans l’accueil.
Être accueilli, accueillir…

 

Propos recueillis auprès de Momin Abujami par le Réseau Mondial de Prière du Pape France

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