L’accompagnement de personnes âgées, une bénédiction à saisir

juillet 2026

 

Accompagner les personnes âgées est une bénédiction que beaucoup ne savent pas saisir.  Cela peut faire peur, car nous nous sentons impuissantes face à la proximité de la mort.  Nous n’avons pas le contrôle sur ces situations. C’est le moment d’être là, d’être présent. C’est une aide qui réconforte, qui apporte la paix, la joie et le soulagement.

S’arrêter et prendre le temps 

« Ces verbes ne sont pas spontanés dans notre monde si actif où tout doit aller vite, et pourtant, c’est seulement en s’arrêtant qu’il est possible de découvrir la réelle attente, le besoin profond de celui ou celle qui est accompagné ». « Ici, la clef, c’est le temps : le “vite-vite” n’existe pas ! Les salariés peuvent passer du temps avec la personne âgée pour créer du lien, tisser une relation sincère et profonde. C’est un choix de Ma Maison. Mais avant d’avoir une “vraie” conversation avec un résident, cela peut prendre des mois, et on a tout gagné le jour où le résident se confie.

Le matin, je faisais régulièrement sa toilette de Thérèse, atteinte de Parkinson sous une forme rigide et foudroyante. Pour la laver, l’habiller, et la mettre dans son fauteuil roulant, il ne me fallait pas moins de 50 minutes pour ne pas lui faire mal. Un jour, à la fin, elle me remercie en insistant, mais pour moi, c’était comme d’habitude : elle a l’habitude de me remercier chaque jour. Ce jour, elle insiste et engage un dialogue : « Si, Si mille mercis, parce que grâce à vous je suis autonome ! » Face à mon visage interloqué, elle reprend : « Oui, avec vous, je suis autonome, car lorsque vous prenez soin de moi, vous me dites tout ce que vous me faites, “ je vous lave le bras gauche, je vous essuie, je vous enfile la chemise ”, et dans mon cœur, je choisis que vous le fassiez pour moi, alors vous voyez bien, je suis AUTO-NOME. »

Cela m’a fait changer de regard sur ce qu’est l’autonomie, et a changé ma manière de vivre les soins : il s’agit d’accompagner pour permettre à la personne d’accueillir la situation qu’elle vit et de la choisir intérieurement, pour y trouver une plus grande liberté, même si elle est entièrement dépendante pour tous les actes de la vie quotidienne. J’ai ainsi compris comment des personnes entièrement dépendantes durant de longues années pouvaient être des rayons de soleil pour tous ceux qui ont la grâce de venir les soigner ou passer un moment près d’elles.

Thérèse a vraiment été autonome jusqu’au bout, même lorsque parler lui était devenu quasi impossible. Elle nous disait tout dans son regard. A l’heure de son décès elle a elle-même fermé ses yeux lors de sa dernière respiration, entourée de toute la communauté.

Une petite soeur

Tenir la main lorsque le souffle s’éteint

Pour nous, Petites Sœurs des Pauvres, le moment le plus sacré que nous puissions vivre, avec la participation à l’Eucharistie, c’est ce moment du « passage du Seigneur » au soir de la vie d’un résident.  Il y a quelques années, j’ai demandé le Seigneur la grâce de ne jamais « m’habituer » à ce privilège d’être présente au moment de Son passage … Le Seigneur passe, dans la discrétion de souffle qui s’éteint tout doucement, dans le pouls qui devient de plus en plus faible, dans la prière et le silence de la petite sœur qui a l’honneur de tenir la main de la personne âgée et de transmettre, malgré toute son impuissance, la tendresse et bonté du Seigneur, afin que celui qui meure puisse, paisiblement, tenir la main de Son Dieu et vivre avec Lui l’Éternité.

Je veillais Danielle, elle commençait à respirer très mal, lorsque tout à coup elle s’est à moitié relevée dans son lit en regardant un coin de la chambre, vers le haut, avec un regard heureusement surpris et un sourire sur son visage ! je ne sais ce qu’elle a vu, mais j’ai remercié le Seigneur pour ma présence à ce moment !

Une résidente, alitée depuis plusieurs années, ne quitte pas sa chambre – c’est nous, le personnel et les résidents qui sommes attentifs à l’entourer.  Quelle surprise le jour de ses 100 ans : elle arrive à la salle à manger de l’étage au moment du dessert, dans son lit poussé par le médecin coordonnateur et une infirmière qui voulaient « faire la surprise » Elle riait, elle était si heureuse et tout le monde aussi. Cette dame est morte le matin de Noël entourée de deux Petites Sœurs et deux soignantes de nuit. Elle n’avait pas de famille, pas de visite. Ce sont les résidents et le personnel qui sont venus « en nombre » pour ses Obsèques. Elle était depuis 32 ans à ‘Ma Maison’ !

Une petite soeur

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