Le sang des innocents

Le mot Martyr cogne fort,
Il a un goût de fer,
Celui du  sang des innocents.
Enfant, j’ai été confrontée à l’atrocité,
De persécutions sur un oiseau blessé,
Premier martyr sous mes yeux effarés.
Et tout au long de cette vie,
Se rejoue à l’infini cette même cruauté,
Celle qui mit en croix le fils de Dieu.

Une couronne d’épines
Blesse le front de nos frères,
Aux quatre coins de la terre,
Au Nigeria, au Nicaragua, au Rwanda,
Nos frères sont les martyrs de ce siècle.
Au Soudan, au Burkina Faso, tant de fleurs arrachées,
D’églises pillées, d’autels renversés,
D’enfants massacrés, de femmes violées,

Et ce sang versé s’étale en un immense coquelicot,
Du Niger, à l’Angola, au Pakistan.
Ces actes ignobles crucifient encore et encore le Christ,
Et répandent une rivière pourpre,
Aux quatre coins du monde,
Car une poignée de fous a décrété
Qu’il était interdit de prier, d’aimer,
De célébrer sa foi.

Mais seul l’amour demeurera,
Et le sang des martyrs chrétiens,
Versé sans vergogne par des assassins,
Fécondera la terre nourricière
En océans de blés
Où viendra picorer
L’oiseau martyrisé de mon enfance.
Car l’abondante moisson
Sera portée par nos nouveaux baptisés,
Aux greniers de l’Évangile,
Jusqu’à la fin des temps.

Pascale Anglès, poète