« L’eau est la vie »

septembre 2026

 

J’ai vécu, enfant, en région parisienne. Aux grandes vacances, à Pâques et à Noël, je retournais en Aveyron dans le Ségala, le lieu d’origine de mes parents. Je vivais un contraste fort entre un monde déjà bien organisé, réglé et un monde encore tourné vers la nature, vivant à son rythme.

L’eau, un bien précieux

Avec mes yeux d’enfants, une chose notamment me surprenait beaucoup : à Fontenay aux Roses, l’eau était accessible sans limite par des robinets, à tous les endroits de l’appartement : cuisine, toilette, salle de bain. Dans le village de ma mère, en revanche, l’eau venait du puits, montée à la maison avec de grands seaux et était utilisée avec parcimonie. Une petite casserole permettait de prélever la quantité nécessaire et pas plus. L’eau, je le sentais, était un bien précieux. Le puits était vivant, nous entendions souvent les cordes tourner sur la poulie pour remonter l’eau. Le seau descendait parfois très vite avec le déroulement de la corde et faisait un bruit en touchant l’eau qui stagnait au fond.

L’eau disponible en permanence

À un retour pour les vacances d’été, vers 8 ans,  je fus surpris de voir que le puits était fermé. Il y avait dans la souillarde un robinet qui trônait. Dès lors, nous consommions l’eau sans trop de précaution. Il n’y avait plus la casserole qui donnait la mesure. Parfois même, nous laissions couler l’eau sans raison. Lorsqu’il y avait de la sécheresse, nous regardions dans le puits pour voir son niveau et déterminer si nous devions être plus économes en eau pour ne pas en manquer.

L’eau, une ressource devenue abstraite

Quelques années plus tard encore, je fus encore surpris de voir que la porte du puits était maintenant condamnée. L’eau ne venait plus du puits mais des tuyaux du Syndicat mixte de l’eau Lévézou-Ségala[1]. Elle coulait comme à Fontenay aux Roses sans problème, sauf les années de fortes sécheresses où il fallait économiser. L’eau du puits, quant à elle, était devenue impropre à la consommation à cause de la pollution…

Au cours des décennies 1960-2000, l’eau qui avait accompagné la vie du village durant des siècles – lors de grandes sécheresses dans les années 30, le curé avait organisé un pèlerinage à Ceignac pour demander à la Saint Vierge le retour de l’eau –  est devenue une ressource abstraite, un fluide disponible, sans consistance, au mépris de sa véritable valeur.

Antoine de Saint Exupéry dans Terre des hommes, après un de ses accidents en plein désert, écrivait « l’eau n’est pas indispensable à la vie, l’eau est la vie ».

 

Jean-Luc Fabre, compagnon jésuite


[1]Ce syndicat possède actuellement en 2026 3 000 km de réseau de distribution, il dessert 82 communes, avec 30 000 abonnés. Toute l’eau distribuée provient de l’usine de production du Moulin de Galat avec 600 litres par seconde, usine, elle-même alimentée par le ruisseau Le Vioulou et le Lac de Bage.

 

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