Ô mort, où est ta victoire ?

Au temps de Jésus, la condition des malades en phase terminale n’est pas comme aujourd’hui une question de société. Des gens intercèdent auprès de lui pour un serviteur, un enfant, un frère. Dans les évangiles trois situations critiques, voire dépassées, nous éclairent.

Le centurion croit en la puissance de la Parole

Luc 7, 1-10
Jésus entra dans Capharnaüm. Il y avait un centurion dont un esclave était malade et sur le point de mourir ; or le centurion tenait beaucoup à lui. Ayant entendu parler de Jésus, il lui envoya des notables juifs pour lui demander de venir sauver son esclave. […] Jésus était en route avec eux, et déjà il n’était plus loin de la maison, quand le centurion envoya des amis lui dire : « Seigneur, ne prends pas cette peine, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. […] Mais dis une parole, et que mon enfant soit guéri ! Moi, je suis quelqu’un de subordonné à une autorité, mais j’ai des soldats sous mes ordres ; à l’un, je dis : “Va”, et il va ; à un autre : “Viens”, et il vient ; et à mon esclave : “Fais ceci”, et il le fait. » Entendant cela, Jésus fut en admiration devant lui. Il se retourna et dit à la foule qui le suivait : « Je vous le déclare, même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi ! » Revenus à la maison, les envoyés trouvèrent l’esclave en bonne santé.

Le centurion, par humilité, envoie à Jésus des notables juifs puis des amis. Les premiers sont là pour convaincre ; les seconds pour s’en remettre à sa parole. Entendant une telle confiance dans la parole, Jésus est « en admiration devant lui » comme s’il était réellement présent. Entre Jésus et ce centurion, il se passe quelque chose de secret qui n’est pas sans rapport avec la guérison de l’esclave-enfant.

 

La vie en pure perte ? Au service de la mort ? Non ! Jésus rend la vie

Matthieu 9,18-25 : La guérison d’une femme et d’une jeune fille.
Tandis que Jésus parlait, un notable s’approcha. Il se prosternait devant lui en disant : « Ma fille est morte à l’instant ; mais viens lui imposer la main, et elle vivra. » Jésus se leva et le suivit, ainsi que ses disciples.
Et voici qu’une femme souffrant d’hémorragies depuis douze ans s’approcha par-derrière et toucha la frange de son vêtement. Car elle se disait en elle-même : « Si je parviens seulement à toucher son vêtement, je serai sauvée. » Jésus se retourna et, la voyant, lui dit : « Confiance, ma fille ! Ta foi t’a sauvée. » Et, à l’heure même, la femme fut sauvée. Jésus, arrivé à la maison du notable, vit les joueurs de flûte et la foule qui s’agitait bruyamment. Il dit alors : « Retirez-vous. La jeune fille n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui.
Quand la foule fut mise dehors, il entra, lui saisit la main, et la jeune fille se leva.

Dans ce récit, la guérison de la jeune fille est couplée avec celle d’une femme dont l’écoulement de sang correspond à l’âge de la jeune fille, 12 ans précise saint Luc. Cette femme pourrait être sa mère. La vie s’écoule de son corps et la jeune fille meurt à l’âge de devenir pubère. Le don de la vie n’aurait-il que la mort comme horizon ? Dans le même élan, Jésus sauve la femme de son cauchemar et, moqué, réveille la jeune fille. La mort n’est pas l’avenir de la vie.

 

Je suis la Résurrection et la Vie

Jean 11, 1-44

Marthe et Marie, amies de Jésus, envoient lui dire que Lazare, leur frère, est malade. Il attend deux jours, annonce à ses disciples la mort de Lazare et se met en route. Les deux sœurs se succèdent auprès de Jésus et lui font ce reproche : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Jésus parle avec chacune d’elles. Il les fait entrer dans une connaissance de lui-même qui les dépasse, puis il va au tombeau et donne à Lazare l’ordre de sortir. « Celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra » Les sœurs et les disciples touchent alors du doigt que la foi réveille les morts. Marthe et Marie étaient entraînées dans la spirale de la mort avec Lazare. Les trois se réveillent. Cette résurrection se passe quelques jours avant la Passion : Jésus payera ce geste au prix de sa vie, avant de ressusciter.

 

Et nous-mêmes…

Ces trois épisodes aux rives de la mort font de nous les témoins de ces rencontres si poignantes de la fin de vie où les gens disent par des gestes ou des mots leur détresse et leur foi. Jésus en réponse livre le meilleur de lui-même. Entre eux quelque chose advient : l’Esprit de Dieu peut agir et la vie reprend.

Ces guérisons et ces résurrections annoncent à l’avance ce que Jésus apporte dans sa mort et sa résurrection : l’assurance de la vie éternelle. La jeune fille et Lazare réveillés de la mort, ainsi que tous les témoins des miracles de Jésus l’affronteront. Ils le feront avec un autre regard à la suite de Jésus. La foi n’empêche pas la mort corporelle, elle réveille les morts. Elle annonce que la mort est un passage et non pas une fin. Alors nous pourrons chanter avec saint Paul : « Quand cet être mortel aura revêtu l’immortalité, alors se réalisera la parole de l’Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire » (1Co 15,54).

Daniel Régent sj., directeur du Réseau Mondial de Prière du Pape en France