Pour le désarmement et la paix : 2ème partie

mars 2026


PARCOURS BIBLIQUE : 2ème
PARTIE

Comment David chemine intérieurement à partir du comportement d’Absalom qu’il ne cesse pourtant de subir. 

En mars, nous prions pour que les nations s’engagent dans un désarmement effectif, en particulier le désarmement nucléaire, et que les dirigeants du monde choisissent le chemin du dialogue et de la diplomatie et non celui de la violence.

Suivre l’évolution de David, c’est alors percevoir les enjeux d’attitude qui conditionnent la possibilité de la paix entre des adversaires. Au fond, il s’agit d’apprendre à se retirer, à consentir à une posture paternelle — à l’image du Père des cieux qui envoie son Fils et accepte le temps de l’attente pour que la paix puisse mûrir dans le cœur des hommes. Une telle posture demande un chemin long, souvent douloureux, à celui qui veut apporter la paix.

Intériorisé, le chemin de David peut devenir pour chacun un lieu de discernement : comment, avec l’aide du Seigneur, apprendre à devenir à son tour porteur de paix, non par la maîtrise ou la force, mais par un patient travail du cœur.


SEMAINE 3 : du 16 au 22 mars 2026

David devant la mort de son fils Absalom

2 Sam 19 01 Alors le roi fut bouleversé, il monta dans la salle au-dessus de la porte, et il se mit à pleurer. Tout en marchant, il disait : « Mon fils Absalom ! mon fils ! mon fils Absalom ! Pourquoi ne suis-je pas mort à ta place ? Absalom, mon fils ! mon fils ! »

David n’est pas allé au combat. Il est resté sous le porche de la porte de Mahanaïm, regardant passer ses soldats, saluant leurs chefs, leur confiant une seule supplique, répétée devant tous : « Par égard pour moi, doucement avec le jeune Absalom. » Toute l’armée l’a entendue.

Dans la forêt d’Éphraïm, la bataille tourne court. Les troupes d’Absalom sont mises en déroute. Lui reste seul, suspendu par les cheveux aux branches d’un térébinthe, livré aux hommes de son père. Ils hésitent, se souviennent de l’ordre du roi. Joab, lui, n’hésite pas. Il transgresse la parole donnée et tue froidement le fils rebelle.

David, resté à l’écart, attend. Il voit venir les messagers et espère de bonnes nouvelles. Elles le sont pour le royaume : l’insurrection est écrasée. Elles sont terribles pour le père : Absalom est mort. Autour de lui, on se réjouit qu’il ne puisse plus nuire. David, lui, s’effondre.

Il se retire dans sa chambre, va et vient, et crie sa douleur sans retenue : « Mon fils Absalom… que ne suis-je mort à ta place ! »

La joie de la victoire se change en malaise. Le peuple ne comprend pas. Honteux presque, chacun rentre chez soi en silence, comme un vaincu. Du palais montent encore les cris du roi : « Mon fils ! Mon fils ! »

Il faudra l’intervention de Joab pour ramener David à son rôle. Alors, malgré le deuil, il se montre au peuple et rend hommage aux vainqueurs.

Questions :

Me laisser habiter par cette scène, par cette tension entre le père et le roi.

👉 En quoi l’attitude de David est-elle profondément humaine, juste, ouvrant à autre chose ?

👉 En quoi peut-elle aussi enfermer, bloquer l’élan, empêcher l’avenir ?

👉 Et moi, dans mes relations, ai-je connu de tels déchirements — et qu’ont-ils fait de moi ?

 

ÉPISODE 4 : du 23 au 31 mars 2026

David plusieurs années après la mort de son fils

2 Sam 24 22-24 Arauna dit à David : « Que mon seigneur le roi prenne et offre en holocauste ce qui lui semblera bon : voici les bœufs pour l’holocauste et, pour le bois du feu, les traîneaux à battre le grain et les pièces de l’attelage. Ô roi, tout cela, Arauna te le donne. » Puis il ajouta : « Que le Seigneur ton Dieu agrée ton sacrifice ! ». Mais le roi dit à Arauna : « Non ! je veux te l’acheter et t’en payer le prix : je n’offrirai pas au Seigneur mon Dieu des holocaustes qui ne me coûteraient rien ! » David acheta donc l’aire et les bœufs pour cinquante pièces d’argent.

Après la mort d’Absalom, quelque chose se déplace en David. Les cris se sont tus. Les lamentations ont laissé place à une sobriété intérieure, dense, presque austère. Il ne vit plus dans l’effondrement visible, mais dans un silence habité. David se relève, reprend sa place, assume de nouveau le poids du royaume. Il gouverne, rassemble, restaure l’ordre. Le roi est debout. Le père, lui, demeure blessé.

Plus jamais l’Écriture ne rapporte une parole de David sur Absalom. Ni louange, ni condamnation, ni justification. Ce silence n’est pas l’oubli ; il est une mémoire retenue, une douleur intériorisée qui ne cherche plus à s’exprimer. Absalom n’est ni effacé ni récupéré. Il est porté, en creux. Avec le temps, David apparaît transformé. Moins impétueux, plus humble, conscient que le péché — le sien, celui de sa maison — laisse des traces irréversibles. La révolte de son fils ne devient pas un discours, mais une leçon inscrite dans sa manière d’être, de juger, de gouverner. La souffrance a creusé en lui une gravité nouvelle.

Il y a chez David une paix relative, jamais totale. Rien n’indique une guérison complète. Certaines blessures ne se referment pas ; elles façonnent. David continue d’avancer sans nier ce qui a été perdu. Son silence devient presque une offrande : accepter de vivre sans réponse, sans réparation visible. Il n’est plus un père en larmes, mais un homme marqué à vie : réconcilié avec sa responsabilité, apaisé en surface, profondément travaillé à l’intérieur. Une attitude paternelle grave, humaine, fragile, qui ouvre un chemin sans le clore.

Pour aller plus loin :

Me laisser habiter par cette manière d’être interroge ma propre vie.

👉  Dans mes relations — famille, amitiés, travail, réseaux — comment est-ce que je porte ce qui n’a pas été réparé ?

👉 En quoi l’attitude de David est-elle juste, profondément humaine, ouvrant à du nouveau ?

👉 En quoi peut-elle aussi devenir dure, fermée, empêchant toute évolution ?

👉 Ai-je moi-même traversé des situations où le silence a remplacé la parole ?

👉 Et qu’ont-elles produit en moi : maturation, fermeture… ou les deux à la fois ?

 

P. Jean-Luc, compagnon jésuite.

Image: @Wikimedia, mort d’Absalom.


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