Une alimentation de qualité c’est aussi une alimentation partagée
mai 2026

Il est parfois difficile d’échanger en famille, entre frères et sœurs, entre conjoints ou générations sur ce qui définit une alimentation de qualité. Les choix culinaires de chacun sont souvent emprunts de préjugés ; l’indifférence ou les divergences peuvent devenir source de mésentente ou même parfois prétextes à forte opposition.
Mon témoignage évoque deux repas récents où en famille, nous avons échangé sur un sujet qui était tabou, car source de conflit. Les conceptions pour prendre soin de sa santé personnelle dépassent parfois les menus et peuvent déboucher sur la notion d’équilibre de la planète.
Lors du repas d’adieu à Jean, mon beau-frère décédé d’un infarctus, ses trois neveux, très engagés dans l’écologie ont pu échanger avec leurs cousines, cette fois sans agressivité sur leurs différences de régimes alimentaires. Pour tous il était clair que l’oncle – 67 ans, 110 kilos, addict à la télévision – avait négligé sa santé en ne marchant pas assez et en ayant, sans doute trop tard, abandonné la charcuterie et le vin…
Tous se rejoignaient pour dénoncer la suralimentation qui augmente la pression artérielle : l’échange pendant le repas a donné l’occasion, cette fois dans le calme, d’aborder le thème du cholestérol, des risques de pathologies cardiovasculaires et des différentes formes de diabète. Puis la conversation s’est élargie avec le rappel qu’une de nos cousines venait d’être hospitalisée à la suite d’une crise d’anorexie et d’un régime alimentaire vegan mal contrôlé, le manque de protéine animale n’ayant pas été remplacé par des protéines végétales..
Cette réunion familiale, à l’occasion de l’inhumation de Jean, a donc été une occasion d’échanges, où cette fois-ci, chacun a pu, sans tension ni provocation, expliciter les nuances de son régime alimentaire et le lien que beaucoup faisaient avec l’équilibre de la planète. Si chacun a pu manger selon ses choix, les échanges ont modifié le regard porté sur les autres.
Le second repas évoqué est celui du mariage d’un fils où une trentaine de personnes étaient conviées. Les conjoints avaient réfléchi à la diversité des cultures des invités et à leurs habitudes alimentaires, afin que chacun se sente à l’aise.
Un acte collectif pour être ensemble
Le menu composé se voulait respectueux des différences. Ainsi le poulet et la diversité des poissons étaient parfaits pour Ibrahim, musulman originaire d’Afrique Sub-saharienne, venu exprès du Canada où il vit avec une des belles-sœurs.
Les boissons étaient servies dans des verres car les mariés sont convaincus qu’il faut réduire la production du plastique si l’on veut éviter que les mini-particules ne se retrouvent dans l’environnement ou les océans.
L’une de nous, issue d’une famille ashkénaze (1) très pratiquante, a évoqué qu’il est d’habitude de prononcer la bénédiction avant le début du repas, rejoignant le désir des grands-parents qui se désolaient que beaucoup de familles chrétiennes négligent aujourd’hui le bénédicité. Et cette fois-ci, cela n’ pas provoqué le sourire ironique ou condescendant de la tante anticléricale …
Dans ces deux cas, le repas a permis une meilleure connaissance de l’autre et prouvé que l’on peut être ensemble en respectant des coutumes différentes ou les régimes alimentaires de chacun.
Benoît
(1) L’appellation « ashkénaze » est appliquée aux juifs de l’Europe occidentale, centrale et orientale qui sont d’origine et de langue germaniques, par opposition à ceux qui sont originaires d’Espagne et sont dits séfarades.
