Vivre en quartier inondable
septembre 2026

Une occasion de prendre conscience de l’influence de l’homme sur la nature
Nous habitons une maison située dans une zone urbanisée et inondable. A une centaine de mètres passe une petite rivière, à sec l’été mais qui peut déborder en période de fortes pluies, principalement à l’automne ou au printemps. Deux fois en dix ans, notre maison, pourtant à une centaine de mètres du lit de la rivière, s’est ainsi retrouvée soudainement entourée d’eau. Heureusement, construite vers 1900, le rez-de-chaussée est surélevé de 80 cm et l’eau n’est pas rentrée dans la maison. Ces épisodes de crues devaient donc déjà exister à l’époque de sa construction.
Pour faire face à ce risque, les pouvoirs publics (mairie, syndicat de rivière …) ont pris des mesures. La rivière qui était bétonnée a été restaurée dans son état naturel, des murets ont été ajoutés le long de la rivière pour mieux l’endiguer … Les règles d’urbanisation sont aussi beaucoup plus contraignantes que dans une zone non inondable.
Lorsqu’en 2017 nous avons voulu créer une extension à notre maison, nous avons dû intégrer des règles d’urbanisme strictes. Pour notre sécurité, celle-ci devait être surélevée d’un mètre et nous ne pouvions pas faire de sous-sol. Nous devions aussi limiter l’emprise au sol au maximum. Nous avons donc opté pour une construction sur pilotis, créant un espace vide sous l’extension.
D’autre part, les eaux pluviales doivent aussi être récupérées et rejetées sur notre terrain. En effet, en cas de forte pluie, les stations d’épuration ne peuvent pas traiter l’afflux d’eau. Il faut retenir l’eau de pluie et favoriser son infiltration dans le sol. Nous avons profité de ce vide sous l’extension pour installer une cuve de six mètres cube pour la récupération de l’eau de pluie. Cette cuve est alimentée par l’eau provenant des chenaux de l’extension Le trop plein s’écoule dans une zone remplie de sable et de gravier pour drainer l’eau vers le sous-sol.
Emménager dans ce quartier inondable, a été pour nous l’occasion de prendre mieux conscience de l’influence de l’Homme sur la nature : la bétonisation à outrance jusque dans la rivière, conjuguée au réchauffement climatique est probablement en grande partie responsable des trois crues décennales en dix ans que nous avons connues.
Mais nous avons aussi réalisé que l’Homme peut, en partie, réparer ce qu’il a fait de manière inconsidérée : désartificialiser et endiguer la rivière, imposer de retenir l’eau en cas de fortes précipitations… Cela a un coût et crée des contraintes que nous avons expérimentées mais cela vaut le coup et a même eu des avantages auxquels nous n’avions pas pensé: l’extension rehaussée nous offre ainsi la vue au-delà de notre mur de clôture, la cuve nous permet d’arroser le jardin l’été.
Nous sommes conscients que nous pourrions aller plus loin sur ces questions et qu’il y a encore bien des incohérences dans notre vie.
Nous sommes heureux d’avoir été entraînés sur ce chemin sans l’avoir forcément imaginé lorsque nous avons acheté cette maison ou que nous avons décidé de faire une extension. Nous nous sommes aussi sentis un peu plus proches de nos enfants, très sensibles à l’avenir de la planète et nous sommes heureux de cette contribution, même si c’est une microscopique goutte d’eau dans l’océan.
Marie-Laure et Émeric
